Suivre l’humain – Partie 2

Compositeur français. Enseignant à l’Université de Montréal. Actuel compositeur pour Le Moulin à Musique pour la création Au rythme des papillons.
Publié le 7 mars 2014 par

Le suivi de performance.

untitled-45Pour la musique du concert visuel Au rythme des papillons, Marie-Hélène da Silva avait clairement exprimé le désir d’associer composition instrumentale et musique électroacoustique. Pleinement conscient des problèmes d’expressivité mentionnés dans mon précédent article, il me fallait trouver le moyen de rendre la partie électroacoustique moins rigide, plus adaptable aux évolutions de l’interprétation des instrumentistes, particulièrement dans le cadre d’un spectacle vivant, joué à de nombreuses reprises, mêlant mouvements des musiciens, déplacements d’œuvres plastiques et éclairages.

N’étant pas un adepte des traitements en temps réel, à mon avis souvent encore limités dans la variété et le naturel des effets produits, j’ai décidé d’utiliser un suiveur de performance pour l’ensemble du projet Papillons en liberté. Le principe est assez simple. Une partition est composée pour instruments (ici pour violon et piano) et accompagnement électroacoustique, un peu comme dans le contexte d’une bande, à la différence près qu’ici, la bande n’est pas finalisée et fixée dans le temps avant le concert.

Tous les éléments sonores sont individuellement accessibles, superposés et juxtaposés par l’ordinateur alors que les musiciens interpréteront leur partition. Le suiveur va « écouter » la progression des musiciens dans la partition instrumentale et va donc en déduire à chaque instant l’emplacement dans le morceau et surtout la vitesse à laquelle l’accompagnement électroacoustique doit être joué.

Ainsi, à la manière d’un concerto pour soliste et « orchestre électroacoustique », l’ordinateur fait office de chef d’orchestre et s’adapte continuellement au rythme intime des musiciens sur scène; voudraient-ils ralentir que l’accompagnement ralentirait avec lui, voudraient-ils s’arrêter plus longtemps lors d’une pause dramatique que le suiveur les attendrait avant de recommencer. Ceci peut s’avérer artistiquement très utile lors de représentations où la qualité du silence de l’auditoire est en harmonie avec la sensibilité des musiciens.

À l’auditorium Henri-Teuscher du jardin botanique de Montréal, nous avons voulu immerger l’auditoire au cœur même du son en plaçant huit haut-parleurs tout autour du public, à la manière d’un système surround de cinéma. Tous les déplacements des « papillons sonores » virevoltant, des sons synthétiques et des textures musicales de l’accompagnement électroacoustique se déplacent ainsi tout autour du public et ces déplacements sont également conjugués au jeu des musiciens sur scène, contrôlés en temps réel par le suiveur de performance.

untitled-76Révéler ici la mécanique de la programmation d’un tel suiveur serait bien trop longue, technique et fastidieuse; de surcroît, un magicien révèle-t-il tous ses tours? Toutefois, je dois concéder que l’élaboration technique ne s’est pas faite en un jour et a nécessité de longs mois d’essais et – souvent – d’erreurs avant d’arriver à une version concluante sur le plan artistique. Il me faut ici souligner l’extrême patience des musiciennes Mélanie Cullin et Fany Fresard ainsi que de la confiance répétée de l’ensemble de l’équipe du Moulin à musique, à commencer par Marie-Hélène da Silva.

Je crois que malgré les contraintes technologiques, le fluidité musicale de la musique mixte obtenue par ce système mérite que l’on médite sur la proposition esthétique qu’elle sous-tend, selon moi; l’aspect proprement fabuleux de la modernité est moins dans notre capacité à produire plus d’innovations technologiques, au risque d’y perdre notre essence, mais au contraire de réussir la réalisation de machines propres à accompagner, à suivre l’humain.

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