Suivre l’humain – Partie 1

Compositeur français. Enseignant à l’Université de Montréal. Actuel compositeur pour Le Moulin à Musique pour la création Au rythme des papillons.
Publié le 3 mars 2014 par

La musique mixte.

Au rythme des papillonsdernière production en date du Moulin à Musique, se présente comme un concert visuel, mêlant œuvres plastiques, jeux de lumières et musique « mixte ». Ce petit texte est l’occasion pour moi de revenir sur cette fameuse « mixité » musicale, mélange de musique instrumentale et de musique électroacoustique, d’en exposer les spécificités principales et d’exposer les choix technologiques et esthétiques qui m’ont semblé indispensables à la composition et à l’exécution d’une musique à la fois étonnante sur le plan sonore et vivante dans le mode d’exécution.

59-Au rythme des papillons- Photo  Olivier Benoît-Potvin

Fanny Fresard, violoniste dans Au rythme des papillons.

Commençons par quelques petits rappels historiques*.

La musique mixte est traditionnellement définie comme une musique mêlant des sons instrumentaux, produits par des instruments traditionnels, et des sons électroacoustiques diffusés par des haut-parleurs. Elle associe donc une partie préenregistrée à une partie instrumentale jouée en direct par un ou plusieurs interprètes.

Cette partie fixe était tout d’abord préenregistrée sur une bande magnétique dans les années 50 à 80; puis l’enregistrement numérique est arrivé et l’on a fait progressivement passer la « bande » sur différents types de supports numériques dont le disque compact.

Malgré tout, le terme « bande » a perduré. On continua à appeler ainsi tout ce qui consistait en un accompagnement électroacoustique de longue durée sur lequel un ou plusieurs instrumentistes allaient jouer. J’écris « l’accompagnement sur lequel » alors que je devrais dire « l’accompagnement derrière lequel ». En effet, il fallait bien souvent beaucoup de pratique aux instrumentistes pour intérioriser convenablement le rythme et la temporalité de la bande, ceci pour jouer en synchronisation avec elle. Les musiciens éprouvaient alors des difficultés à se positionner musicalement sur cet accompagnement inouï, tantôt bruitiste, tantôt atmosphérique, le plus souvent sans pulsation permettant de se repérer facilement dans le temps.

Maintes fois, ce qui aurait dû être un concerto pour instrument et accompagnement électroacoustique voyait son soliste, soit à la traîne, soit en avance, les yeux rivés sur un gros chronomètre au bord de la scène, afin d’être sûr de placer les bonnes notes en face de la bonne minute et seconde de bande : difficile dans ce cas de se concentrer sur l’expressivité musicale.

Plusieurs solutions ont alors été trouvées, comme de segmenter la bande en plus petites parties et de déclencher manuellement ces dernières au moment désiré. Ainsi, même si la bande continuait d’avancer, inexorablement, l’on était capable de choisir de « recoller temporellement » à cette dernière en différents points de la partition. Ces déclenchements pouvaient être lancés par un assistant en coulisse ou, encore mieux, par le musicien lui-même au moyen d’une pédale.

Une autre approche fut de ne plus enregistrer préalablement la partie électroacoustique mais de la produire « en temps réel », c’est à dire au moment où le musicien jouerait sur scène. On se servirait ainsi des sons que l’instrumentiste produirait pour soit créer un accompagnement artificiel, utilisant de la synthèse sonore, soit utiliser les propres sons émis par le musicien dans le but de les modifier par traitement (différents effets comme la réverbération, la transposition, le brouillage spectral, etc.). Dans les deux cas, aucun son ne serait préenregistré mais la performance du musicien sur scène permettrait de générer « au moment du concert » tout l’accompagnement électroacoustique.

Cette méthode, dite « en temps réel » et rendue possible par l’augmentation croissante de la puissance des ordinateurs personnels, est devenue de plus en plus répandue dans la pratique. Elle permet une très grande synchronisation entre le jeu instrumental et l’accompagnement sonore, maintenant même, l’accompagnement vidéo.

C’est une troisième méthode, un hybride des deux précédentes et utilisant une méthode de suivi de performance, qui a été choisie pour réaliser Au rythme des papillons.

C’est désormais l’accompagnement qui suit le musicien et non l’inverse; ça a l’air magique ? Rien n’en est plus éloigné dans la conception technique et dans le fonctionnement…  Et pourtant, ce système a aussi été un peu choisi pour permettre d’ajouter féerie et harmonie à l’expérience musicale durant le concert.

Tiens, il vient de neiger; je vais faire une petite marche et je vous explique tout à mon retour.

 

* Ceci n’est en aucun cas un article scientifique; même si je tâche d’être le plus précis possible, il est très probable que ma présentation ne convienne pas à certains de mes collègues musiciens. Par avance, qu’ils veuillent bien me pardonner de n’avoir pas eu le temps de faire un article plus exhaustif afin de pouvoir mieux présenter leur pratique de la musique mixte.

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réponses à Suivre l’humain – Partie 1

  1. Belle introduction à la musique électroacoustique. Bravo!

    Par François Longpré le 7 mars 2014 à 10 h 28 min
  2. Marie-Hélène m’avait dit que tu programmais un « suiveur ». Au spectacle, j’ai complètement compris et entendu le procédé, mais j’ai surtout été touché par la féerie. Bravo ! La prouesse technique au service de l’émotion.

    Par Allan Sutton le 7 mars 2014 à 16 h 02 min

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